Sermon Abbé Grosjean sur L'Eglise et le corps

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Sermon Abbé Grosjean du 18 janvier 2009-01-19

Bien souvent quelques idées reçues qui circulent dans l’esprit de nos contemporains et peut être dans le vôtre et qui font que notre compréhension de la foi, de l’enseignement de l’Eglise est comme un peu brouillée

Parmi ces idées reçues, il y a celle ci : l’Eglise serait très gênée pour parler du corps en particulier dans le domaine de l’affectivité, de la sexualité et de l’amour. L’Eglise serait mal à l’aise avec le corps.

Cette lecture que vous venez d’entendre de Saint Paul apôtre aux Corinthiens prouve le contraire et je voudrais, ce soir avec vous méditer l’importance, la dignité que notre foi accorde au corps et pour cela je voudrais développer deux idées.

La première idée est celle ci : il me semble que la dignité du corps, la dignité que nous accordons au corps est d’être serviteur; le corps reçoit comme vocation d’être serviteur du cœur, au service du cœur.

Jean Paul II avait cette phrase, que je trouve très juste qu’il adressait aux jeunes en disant que les gestes de votre corps soit le langage de votre cœur. C'est-à-dire qu’il n’y ait aucune déconnection entre le corps et le cœur. Quand Saint Paul nous encourage à éviter l’impureté ou, dans une version non allégé du texte, la débauche, c’est cela qu’il pointe : surtout ne déconnecté pas le corps du cœur.

Bien sûr, souvent, notre corps se rebelle et voudrait jouer au despote plutôt que se faire serviteur et vous voyez l’église n’a aucun mal, n’est pas gênée, ne méprise pas du tout ces gestes du corps, au contraire, elle veut en préserver toute la beauté, toute la dignité, toute la vérité et c’est pour cela qu’elle nous dit : pas d’engagement des corps, pas de don des corps sans don des cœurs sans engagement des cœurs

Mais elle dit aussi, ce qui va avec : pas d’engagement du cœur sans manifestations dans le corps et c’est vrai tout spécialement pour les époux bien sûr dans l’amour conjugal, mais c’est vrai aussi pour l’amour d’amitié, pour l’amour fraternel, pour l’amour paternel, pour l’amour filiale.

L’amour a besoin de se montrer, de se dire, de s’exprimer, par le corps, combien même entre parents et enfants on aurait besoin de retrouver justement ses gestes qui disent l’affection et ce quelque soit l’âge et je dirai même plus : regardez le Christ lui-même. Il ne nous a pas aimé de façon abstraite, il a pris un corps pour nous aimer, il nous a aimé dans son corps qu’il a livré pour nous.

Pas d’amour véritable sans manifestation dans le corps, le corps est le serviteur mais serviteur nécessaire de notre capacité d’aimer, voilà toute sa dignité. Bien sûr que l’on mets du temps, que l’on met du temps à acquérir cette liberté intérieure qui fait que le corps se fait et reste beau et fidèle serviteur du cœur. Bien sûr qu'il faut du temps et finalement ce ne sera jamais fini totalement même pour les meilleurs d’entre nous, il faut du temps pour apprendre à gratter ces révoltes du corps, pour lui apprendre à se faire serviteur du cœur mais notre vrai bonheur est là sans se décourager avec la grâce de Dieu, faire de notre corps, le serviteur beau et fidèle de notre capacité d’aimer

La deuxième idée que je voudrais développer, sur laquelle je terminerai, c’est cette phrase de saint Paul qui est étonnante : « ne savez vous pas que vos corps sont les membres du Christ »

Cela veut dire quoi concrètement : je vous l’ai dit à l’instant le Christ a eu besoin d’un corps pour nous aimer. il y a 2000 ans, le Christ a eu besoin de mains pour bénir, pour relever, pour essuyer les larmes, pour encourager. Il y a 2000 ans le Christ a eu besoin de lèvres pour bénir son Père, pour prier son Père, pour dire le pardon de Dieu, pour dire la bonne nouvelle

Il y a 2000 ans le Christ a eu besoin de ses yeux pour poser son regard sur Simon, sur Jean, sur André, pour poser son regard sur Marie Madeleine et pour la première fois Marie Magdeleine s’est sentie regardé dans sa dignité, a senti ce regard de tendresse se poser sur elle.

Le Christ a eu besoin de ses yeux pour poser son regard sur ceux qui venait chercher auprès de lui le réconfort, le soutien la force, le salut. Mais désormais le Christ est au ciel, à la droite du Père et pourtant, il y a encore tant et tant de personnes, à sauver, à aimer, à consoler. Alors, comme dit Elisabeth de la trinité : il faut que nous donnions au Christ comme une humanité de surcroît

Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que désormais pour continuer de bénir, d’encourager, de relever, de soulager, aider, aimer, le Christ désormais n’a plus ses main , désormais ce sont vos mains, nos mains sont saintes car ce sont elles qui restent au Christ pour consoler, aimer, encourager, Regardez vos mains, elles sont saintes ses mains, vos mains sont saintes parce qu’elles appartiennent au Christ ; Ce sont les mains qui restent au Christ pour continuer son œuvre ; comment pourrions nous faire quelque chose de mal avec nos mains si véritablement ce sont les seules qui restent au Christ pour aimer , pour consoler ? pour encourager ?

Vos lèvres sont les seules qui restent au Christ pour dire encore la parole qui sauve, la bonne nouvelle, le pardon qui relève. Comment pourrions nous avec nos lèvres médire, dire du mal, alors qu’elles sont faites pour dire le bien, alors qu’elles sont faites pour que le Christ puisse dire à travers elles, dire la parole qui sauve.

Nos yeux sont les seules qui restent au Christ pour continuer de poser son regard sur ceux qui ont besoin d’être relevés, sur ceux qui ont besoin d’être encouragés, sur ceux qui ont besoin de son pardon. Comment pourrions nous regarder les choses qui nous abîment, ou qui nous salissent si vraiment notre regard est celui du Christ. Notre regard est saint car nos yeux appartiennent au Christ.

Vous voyez ce n’est pas une grâce pour faire beau. Vous voyez ce n’est pas abstrait.

Vos corps sont les membres du Christ

Vos corps sont ceux qui restent au Christ pour continuer d’aimer, de sauver de pardonner, de bénir, de prier. Vos corps appartiennent au Christ.

Mes amis, demandons pour ce soir, les uns pour les autres, qu’aucun d’entre nous ne se décourage, qu’aucun d’entre nous ne désespère dans ce combat parfois difficile pour faire de ce corps avec la grâce de Dieu, le bon et fidèle serviteur de notre cœur, mais aussi vous l’avez compris du cœur de Dieu

Amen

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