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Curé d’Ars – S. Jean-Marie Vianney
1er DIMANCHE DE L'ANNÉE
Sur la Sanctification du Chrétien
(…)
I. - Pourquoi, M.F. (mes fidèles), notre vie est-elle remplie de tant de misères?
Si nous considérons bien la vie de l'homme, ce n'est autre chose qu'une chaîne de maux: les maladies, les chagrins, les persécutions, ou enfin les pertes de biens nous tombent sans cesse dessus; de sorte que, de quelque côté que l'homme terrestre se tourne ou se considère, il ne trouve que croix et afflictions.
Allez, interrogez depuis le plus petit jusqu'au plus grand, tous vous tiendront le même langage.
Enfin, M.F., l'homme, sur la terre, à moins qu'il ne se tourne du côté de Dieu, ne peut être que malheureux. Savez-vous pourquoi, M.F.? - Non, me direz-vous. - Eh bien! mon ami, en voici la véritable raison: C'est que Dieu, ne nous ayant mis en ce monde que comme dans un lieu d'exil et de bannissement, il veut nous forcer par tant de maux à ne pas y attacher notre cœur et à soupirer après des biens plus grands, plus purs et plus durables que ceux que l'on peut trouver en cette vie.
Pour mieux nous faire sentir la nécessité de porter nos vues vers les biens éternels, Dieu a donné à notre cœur des désirs si vastes et si étendus, que plus rien de créé n'est capable de le contenter: c'est à ce point que, s'il espère trouver quelque plaisir en s'attachant à des objets créés, à peine possède-t-il ce qu'il désirait avec tant d'ardeur, à peine l'a-t-il goûté, qu'il se tourne d'un autre côté, espérant, trouver quelque chose de mieux.
Il est donc contraint et forcé d'avouer, par sa propre expérience, que c'est inutilement qu'il veut mettre son bonheur ici-bas dans les choses périssables. S'il espère avoir quelque consolation dans ce monde, ce ne sera qu'en méprisant les choses qui sont si passagères et de si peu de durée, et en tendant vers la fin noble et heureuse pour laquelle Dieu l'a créé. Voulez-vous être heureux, mon ami? Regardez le ciel: c'est là où votre cœur trouvera de quoi se rassasier pleinement.
Pour vous prouver cela, M.F., je n'aurais qu'à interroger un enfant et à lui demander pour quelle raison Dieu l'a créé et mis au monde; il me répondrait: Pour le connaître, l'aimer, le servir, et par ce moyen gagner la vie éternelle. -
Mais ces biens, ces plaisirs, ces honneurs, qu'en devez-vous donc faire? - Il me dirait encore: Tout cela n'existe que pour être méprisé, et tout chrétien qui est fidèle aux engagements qu'il a contractés avec Dieu sur les fonts sacrés du baptême, le méprise et le foule sous les pieds. -
Mais, me direz-vous encore, que devons-nous donc faire? De quelle manière devons-nous nous conduire, au milieu de tant de misères, pour arriver à la fin heureuse pour laquelle nous sommes créés? - Eh! Mes amis, rien de plus facile; tous les maux que vous éprouvez sont les véritables moyens pour vous y conduire: je vais vous le montrer d'une manière claire comme le jour dans son midi.
D'abord, je vous dirai que Jésus-Christ, par ses souffrances et sa mort, a rendu tous nos actes méritoires, de sorte que, pour un bon chrétien, il n'y a pas un mouvement de notre cœur et de notre corps qui ne soit récompensé, si nous le faisons pour lui. -
Peut-être pensez-vous encore: cela n'est pas assez clair? - Eh bien! Si cela ne suffit pas, commençons la matière.
Suivez-moi un instant, et vous allez savoir la manière de rendre toutes vos actions méritoires pour la vie éternelle, sans rien changer à votre manière d'agir.
Il faut seulement tout faire en vue de plaire à Dieu, et j'ajouterai qu'au lieu de rendre vos actions plus pénibles en les faisant pour Dieu, au contraire elles n'en seront que plus douces et plus légères.
Le matin, en vous éveillant, pensez aussitôt à Dieu, et faites vite le signe de la croix, en lui disant: Mon Dieu, je vous donne mon cœur, et puisque vous êtes si bon que de me donner encore un jour, faites-moi la grâce que tout ce que je ferai ne soit que pour votre gloire et le salut de mon âme. Hélas! Devons-nous dire en nous-mêmes, combien, depuis hier, sont tombés en enfer, qui peut-être étaient moins coupables que moi! Il faut donc, que je fasse mieux que je n'ai fait jusqu'à présent.
Dès ce moment, il faut offrir à Dieu toutes vos actions de la journée en lui disant: Recevez, ô mon Dieu, toutes les pensées, toutes les actions que je ferai en union avec ce que vous avez enduré pendant votre vie mortelle pour l'amour de moi.
C'est ce que vous ne devez jamais oublier; car, afin que nos actions soient méritoires pour le ciel, il faut que nous les ayons offertes au bon Dieu, sans quoi elles seront sans récompense.
Quand l'heure de vous lever sera venue, levez-vous promptement: prenez bien garde de ne pas écouter le démon, qui vous tentera de rester encore quelque temps au lit, afin de vous faire manquer votre prière, ou de vous la faire faire avec distraction, par la pensée que l'on vous attend; ou que votre ouvrage presse.
Lorsque vous vous habillez, faites-le avec modestie; pensez que Dieu a les yeux fixés sur vous, et que votre bon ange gardien est à côté de vous, comme vous ne pouvez pas en douter.
Mettez-vous de suite à genoux, n'écoutez pas le démon qui vous dit encore de remettre votre prière à un autre moment, afin de vous faire offenser Dieu dès le matin; au contraire, faites votre prière avec autant de respect et de modestie que vous le pourrez.
Après votre prière, prévoyez les occasions que vous pourriez avoir d'offenser Dieu pendant la journée, afin d'éviter ce malheur.
Prenez ensuite quelque résolution que vous vous efforcerez d'exécuter dès le premier moment, comme, par exemple, de faire votre travail en esprit de pénitence, d'éviter les impatiences, les murmures, les jurements, de retenir votre langue.
Le soir, vous examinerez si vous y avez été fidèle; si vous y avez manqué, il faut vous imposer quelque pénitence pour vous punir de vos infidélités, et vous êtes sûr que, si vous vous servez de cette pratique, vous serez bientôt venu à bout de vous corriger de tous vos défauts.
Lorsque vous allez travailler, au lieu de vous occuper de la conduite de l'un et de l'autre, occupez-vous de quelques bonnes pensées, comme de la mort, en pensant que bientôt vous allez sortir de ce monde; vous examinerez quel bien vous y faites depuis que vous y êtes; vous gémirez surtout des jours perdus pour le ciel, ce qui vous portera à redoubler vos bonnes œuvres, vos pénitences, vos larmes; - ou bien, du jugement: que, peut-être avant que la journée finisse, vous allez rendre compte de toute votre vie, et que ce moment décidera de votre sort, ou éternellement malheureux, ou éternellement bienheureux; - ou pensez au feu de l'enfer, dans lequel brûlent ceux qui ont vécu dans le péché; ou au bonheur du paradis, qui est la récompense de ceux qui ont été fidèles à servir Dieu; - ou bien, si vous voulez, entretenez-vous de la laideur du péché, qui nous sépare de Dieu, qui nous rend les esclaves du démon en nous jettant dans un abîme de maux éternels.
Mais, me direz-vous, nous ne pouvons pas faire toutes ces méditations. - Eh bien! voyez la bonté de Dieu: vous ne savez pas méditer ces grandes vérités? Eh bien! faites quelques prières, dites votre chapelet.
Si vous êtes père ou mère de famille, dites-le pour vos enfants, afin que le bon Dieu leur fasse la grâce d'être de bons chrétiens, qui feront votre consolation en ce monde et votre gloire en l'autre.
Et les enfants doivent le dire pour leurs pères et mères, afin que Dieu les conserve et qu'ils les élèvent bien chrétiennement. Ou bien priez pour la conversion des pécheurs, afin qu'ils aient le bonheur de revenir à Dieu. Et par là, vous éviterez un nombre infini de paroles inutiles, ou peut-être même des propos qui souvent ne sont pas des plus innocents. Il faut, M.F., vous accoutumer de bonne heure à employer saintement le temps. Souvenez-vous que nous ne pouvons pas nous sauver sans y penser, et que, s'il y a une affaire qui mérite qu'on y pense, c'est bien l'affaire de notre salut, puisque Dieu ne nous a mis sur la terre que pour cela.
Il faut, M.F., avant de commencer votre travail, ne jamais manquer de faire le signe de la croix, et ne pas imiter ces gens sans religion qui n'osent pas se signer à cause qu'ils sont en compagnie.
Offrez tout simplement vos peines au bon Dieu, et renouvelez de temps en temps cette offrande; par là, vous aurez le bonheur d'attirer la bénédiction du Ciel sur vous et sur tout ce que vous ferez.
Voyez, M.F., combien d'actes de vertu vous pouvez pratiquer en vous comportant de cette manière, sans rien changer à ce que vous faites.
Si vous travaillez en vue de plaire à Dieu, d'obéir à ses commandements qui vous ordonnent de gagner votre pain à la sueur de votre front, voilà un acte d'obéissance; si c'est pour expier vos péchés, vous faites un acte de pénitence; si c'est afin d'obtenir quelque grâce pour vous ou pour d'autres, voilà un acte de confiance et de charité.
Ô combien, M.F., nous pouvons mériter chaque jour le ciel en ne faisant que ce que nous faisons, mais en le faisant pour Dieu et le salut de notre âme!
Qui vous empêche, lorsque vous entendez sonner les heures, de penser à la brièveté du temps et de dire en vous-même: les heures passent et la mort s'avance, je cours vers l'éternité; suis-je bien prêt à paraître devant le tribunal de Dieu? Ne suis-je pas en état de péché?
Et, M.F., si vous aviez ce malheur, faites vite un acte de contrition pour témoigner à Dieu votre regret, et ensuite prenez vite la résolution d'aller vous confesser, pour deux raisons: la première, c'est que, si vous veniez à mourir dans cet état, vous seriez damné tout net; et la seconde, c'est que toutes les bonnes œuvres que vous auriez faites seraient perdues pour le ciel.
D'ailleurs, M.F., auriez-vous bien le courage de rester dans un état qui vous rend l'ennemi de votre Dieu, qui vous aime tant?
Lorsque vous vous reposez de vos fatigues, jetez les yeux vers ce beau ciel, qui vous est préparé, si vous avez le bonheur de servir Dieu comme vous le devez, en vous disant à vous-même: Ô beau ciel, quand aurai-je le bonheur de vous posséder!
