Marie dans l'évangile de Saint Luc

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Saint luc

 

Dans les Evangiles de l’Enfance (les deux premiers chapitres), Luc mentionne onze fois Marie, et Joseph trois fois, dans les différents épisodes retenus par lui, et qui sont d’un caractère tout à fait différent de ceux retenus par Matthieu. Il présente en effet en premier la conception miraculeuse de Jean-Baptiste, et va jusqu’à la première visite de Jésus au Temple, à l’âge de 12 ans. Luc permet en partie de rétablir la chronologie, même s’il prend des libertés très grandes dans ce domaine. Ce qui n’enlève rien à l’historicité de ce qu’il présente. Par exemple, après la présentation au Temple, Luc parle tout de suite du retour en Galilée, à Nazareth, alors que les Mages doivent encore venir, que Joseph, l’enfant et sa mère doivent s’enfuir en Egypte. Ce qui compte pour Luc, c’est de montrer sans tarder la vie cachée de Jésus à Nazareth, et il insiste à plusieurs reprises sur la Sainte Vierge qui garde et médite dans son cœur ce qui arrive à son Divin Fils. Indication précieuse qui montre dès à présent que, à la lumière des Ecritures quelle connaissait parfaitement, Marie a toujours été consciente de la Mission de son fils, qu’elle l’avait pleinement acceptée et y était associée.

 Matthieu s’est informé auprès de sa famille directe, notamment pour la généalogie, dressée selon les lois de succession en cours en Israël, qui mêlent la descendance naturelle, et la descendance légale, suivant en cela les lois juives dans ce domaine : chaque famille conservait précisément sa propre généalogie et une copie était déposée dans le Temple de Jérusalem. Luc, en revanche donnera lui aussi la généalogie de Jésus, jusqu’à Adam. Mais ne s’adressant pas à des juifs, il donne la généalogie de Jésus, selon la génération naturelle : de père en fils, jusqu’à Joseph, certes, mais dont le père est différent de celui qui est indiqué par Matthieu. On a aussi un nombre de générations correspondant précisément au temps écoulé depuis David jusqu’à Joseph. Et les noms qui se trouvent dans cette généalogie sont les véritables ancêtres de Jésus. Ce qui n’enlève rien à la valeur historique de la généalogie donnée par Matthieu et à son contenu spirituel ! Je renvoie le lecteur que cette question intéresserait à l’ouvrage cité ci-dessus : « Jésus Fils de David dans les généalogies de saint Matthieu et de saint Luc » (Téqui 1982).

 Saint Luc a procédé à un travail plus systématique, « scientifique pourrait-on dire, comme il l’indique lui-même dès le début de son Evangile :

Luc chapitre 1° :Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous,d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole,j'ai décidé, moi aussi, après m'être informé exactement de tout depuis les origines, d'en écrire pour toi l'exposé suivi, excellent Théophile, pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des enseignements que tu as reçus

Il s’est informé « exactement de tout depuis les origines », ce qui nous permet de penser sans être téméraire, que les récits concernant Jean Baptiste, l’Annonciation à Marie, la Naissance de Jésus, la Présentation de Jésus au Temple, Jésus retrouvé au Temple à l’âge de douze ans, ont été recueillis par Luc directement de la bouche même de la Sainte Vierge, qui se trouvait, ne l’oublions pas, chez Saint Jean (« Le disciple la prit chez lui » Jean 19, 27). En effet, seule Marie a été témoin et protagoniste de ces événements. Elle seule pouvait les raconter et pas sa famille : Joachim et Anne, ses parents étaient très certainement décédés. Après le songe de l’Ange qui explique à Joseph le caractère miraculeux et divin de l’Incarnation, Marie a dû expliquer tout cela à Joseph. Mais Joseph lui aussi était décédé. Il ne restait plus que Marie ! Et c’est à elle seule que pouvait s’adresser Luc. D’où les récits différents de ceux retenus par Matthieu, la précision, les détails fournis par son auteur.

 Luc a donc connu aussi très certainement Jean l’Evangéliste. Monsieur Trinquet, prêtre de Saint Sulpice, mon professeur d’Ecriture Sainte, nous faisait remarquer les petits détails qui sont communs aux évangiles de Jean et de Luc, et reflètent une même tradition, une même origine, même si quelques décennies séparait leur rédaction. Luc a reçu le témoignage direct de la Sainte Vierge, notamment pour ce qui concerne l’Enfance, et dont elle a été la protagoniste, mais aussi de Saint Jean qui a suivi Jésus depuis le tout début lorsqu’il quitta Jean Baptiste avec André pour suivre Jésus (cf. Jean 1, 36 et versets suivants), jusqu’au bout, jusqu’à la Croix, jusqu’à la mise au tombeau, et à la découverte du tombeau vide : « Il vit et il crut » (Jean 20, 8b).


Zacharie, Elizabeth, et Marie

Luc présente en parallèle Jean appelé plus tard le Baptiste, et Jésus : l’annonciation à Zacharie son père, l’Annonciation à Marie et la Visitation ; la naissance de Jean Baptiste et sa circoncision, la naissance de Jésus et sa circoncision. Mais Luc, selon un procédé qui lui est propre, nous présente Jean Baptiste, aussitôt après le récit de sa circoncision, comme adulte déjà, en survolant les années de l’adolescence, et qui « demeure dans les solitudes jusqu’au jour où il se manifestera devant Israël » (Luc 1, 80). Le Précurseur laisse ainsi, en Luc, la place à Celui qu’il annoncera plus tard, à Jésus, le Fils de Marie. Ce qui permet à Luc de nous parler de l’épisode révélateur de la présentation de Jésus au Temple, de sa vie à Nazareth et de sa « fugue » à Jérusalem à l’âge de 12 ans.

 « Il y eut aux jours d’Hérode, roi de Judée, un prêtre du nom de Zacharie de la classe d’Abia, et il avait pour femme une descendante d’Aaron, dont le nom était Elizabeth » (Luc 1, 5)

 Zacharie est donc prêtre, et descendant direct d’Aaron puisqu’il peut entrer dans le Saint des Saints, la partie la plus sacrée du Temple, où se trouvaient avant l’exil à Babylone en 597, l’Arche d’Alliance qui contenait le bâton miraculeux de Moïse, les tables de la Loi, et de la manne qui avait nourri les Hébreux pendant 40 ans,. L’Arche était surmontée de deux Chérubins, dont les ailes étendues formaient un trône où Dieu siégeait : c’est pourquoi les Psaumes parlent de « Yahwé qui siège sur les Chérubins ».

 Prêtre, et non pas simple lévite. Les descendants de Lévi, rappelons-le, étaient tous prêtres, du sacerdoce lévitique, chargés des nombreux sacrifices offerts au Seigneur. Mais Aaron, de la descendance de Lévi avait été choisi, lui et ses descendants, pour être les grands-prêtres admis à entrer dans le Saint des Saints. Zacharie était donc descendant d’Aaron ! Et Luc ne le mentionne pas, alors qu’il indique que son épouse, Elizabeth, était descendante d’Aaron. Il nous dit simplement que Zacharie était « de la classe d’Abia ». Il était évident que Zacharie, s’il pouvait entrer dans le Saint ds Saints, était nécessairement descendant d’Aaron. Et il n’étai point nécessaire de le dire. Mais pourquoi citer « la classe d’Abia » ? Quelques versets plus loin, Luc indique que « au jour de sa classe, Zacharie remplissait devant Dieu les fonctions sacerdotales ». Le Roi David avait en effet réparti les prêtres en vingt classes, et chaque classe assurait le service au Temple durant une semaine, deux fois l’an.

 Cette mention d’Abia, qui pourrait sembler inutile, qui semble ne rien ajouter au récit qui suit, revêt pourtant une grande importance. Et si Luc l’a mentionnée, c’est qu’elle a une signification précise, « une pierre d’attente », une « énigme » pourrait-on dire, une « porte ouverte » sur quelque chose à découvrir et à approfondir. Il en est bien ainsi. Des découvertes récentes (cf. Hermas, mai 2009, Marie Mère de la Mission) ont permis de retrouver le cycle du service de chacune des classes, de dire avec précision quand Zacharie a accompli son service au Temple, et donc quand l’Ange Gabriel lui a annoncé la naissance d’un enfant qui serait le précurseur du Messie : durant la quatrième semaine de notre mois de septembre.

 Qui plus est, Luc, aussitôt après le récit de l’annonciation à Zacharie de la future naissance d’un enfant, présente le récit de l’Annonciation à Marie, en ces termes « Le sixième mois ». Il s’agit bien sûr du sixième mois à dater de la conception de Jean ! Et l’Ange Gabriel ne le contredit pas. Luc, en effet, dans le récit de l’Annonciation à Marie, ne manque pas de citer cette précision apportée par l’Ange lui-même, comme « garantie » de la véracité de ses paroles : « Et voici qu’Elizabeth, ta parente, vient elle aussi de concevoir un fils en sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait stérile » (Luc 1, 36). Cette précision est précieuse, ô combien, car elle permet de fixer la chronologie des événements : la date de l’Annonciation et donc de l’Incarnation du Verbe de Dieu dans le sein de la Vierge Marie (6 mois après le mois de septembre : le mois de Mars, 25 mars), la date de la naissance de Jean-Baptiste, il restait trois mois de grossesse à Elizabeth (24 juin), et la date de la naissance de Jésus, 9 mois après l’Annonciation, le 25 décembre. Luc n’avait pas besoin de donner plus de détails chronologiques ; la mention d’Abia suffisait.

 

Marie, parente d’Elizabeth est de descendance davidique

 Elizabeth est elle aussi descendante d’Aaron, ce qui veut dire que son père était un prêtre, au même titre que Zacharie, et qu’il pouvait entrer, au tour de sa classe, dans le Saint des Saints, pour y accomplir le service du Seigneur. L’Ange Gabriel nous donne aussi une autre précision importante : « Et voici qu’Elizabeth, ta parente, vient elle aussi de concevoir un fils en sa vieillesse ».

 Elizabeth et Marie sont donc parentes. Comment ? Quels liens de parenté unissent les deux femmes ? Cette question a soulevé une littérature considérable, sans apporter de solution raisonnable. La plupart des auteurs tiennent le raisonnement suivant : Elizabeth est descendante d’Aaron, Marie est sa parente : donc Marie est descendante d’Aaron, de race lévitique ; c’est un syllogisme erroné, un raisonnement simpliste, qui, malgré sa conclusion séduisante, n’a toutefois aucun fondement : Jésus réunirait ainsi en lui le sacerdoce lévitique et le sacerdoce de Melchisédech, l’Ancienne Alliance et la Nouvelle Alliance !

 C’est une belle vision des choses, mais qui ne résiste pas à une étude sérieuse (pardonnez-moi Père Laurentin !). Tirer cette conclusion hâtive manifeste une ignorance profonde de la science généalogique. En généalogie, tous les cas de figures sont possibles, et peuvent même se présenter comme probables… Mais ils doivent passer par l’étude impitoyable de la chronologie, et par l’étude de tous les cas de figures possibles réellement, compte tenu des lois régissant les successions et l’établissement des généalogies ! Ce qui est possible se montre souvent impossible, et ce qui se présente comme impossible se révèle être la solution ! J’ai pu le constater au cours de mes longues recherches généalogiques commencées à l’âge de 12 ans.

 Affirmer l’ascendance lévitique de Marie, sur cette seule donnée de Luc, manifeste une « légèreté » dans la lecture des textes, voire même la volonté de justifier à tout prix un a priori conscient ou inconscient, en s’appuyant sur des données soi-disant bibliques et spirituelles. C’est une grave erreur, car c’est négliger un autre texte non moins important, et même capital pour traiter cette question, à condition de le lire objectivement, sans a priori, comme l’a écrit son auteur.

 

 Les données du recensement sur l’ascendance de Marie

Luc chapitre 2° :Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité.Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville.Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David -afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.

 César Auguste publie un édit, qui ordonne le recensement de tout le monde habité, c’est-à-dire de tout le monde qui se trouve sous la domination de Rome. Le but est « financier », établir les biens de chacun pour fixer les impôts qui leur incombent. Chaque juif doit ainsi se rendre dans sa ville, c’est-à-dire dans la ville qui était le « centre » de la Tribu à laquelle il appartenait, même s’il habitait en un tout autre endroit du Pays.

 C’est le cas de Joseph. Il habite en Galilée, dans le nord, mais la « ville de sa tribu », est Bethléem en Judée, non loin de Jérusalem « parce qu'il était de la maison et de la lignée de David ». Ce qui représente un voyage non négligeable, de plus de 200 km au moins, traverser la Samarie, en caravanes, à dos d’âne ou à pieds. De plus, d’après ce que nous avons vu ci-dessus, en hiver. Or, Marie, son épouse était enceinte ; elle ne pouvait ignorer que le moment de la naissance de l’enfant était proche, et qu’il était risqué d’entreprendre un tel voyage ! Elle aurait pu rester à Nazareth et laisser Joseph partir tout seul pour se faire recenser, et faire enregistrer les biens de sa famille. Et pourtant, Marie entreprend ce voyage dangereux et risqué pour l’enfant,. En effet, Luc écrit : Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David -afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.

Que celui qui a des yeux pour voir, apprenne à bien lire ce texte ! Joseph monte de Nazareth en Galilée et se rend en Judée à Bethléem la ville de David pour se faire recenser. Jusque là, tout est clair. Mais Luc écrit :

«Joseph aussi monta de Galilée, avec de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David -afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.

 Sa fiancée est enceinte, et Joseph monte avec elle de Nazareth de Galilée, pour se rendre en Judée à la ville de David, « parce qu'il était de la maison et de la lignée de David » pour se faire recenser « avec Marie ». Joseph fait ce voyage pour se faire recenser avec Marie sa fiancée qui était enceinte ! C’est-à-dire « pour se faire recenser en même temps que Marie sa fiancée qui était enceinte », qui devait donc se faire recenser elle aussi.

 Luc aurait pu écrire : « Joseph aussi, avec Marie sa fiancée qui était enceinte, monta de Galilée de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s’appelle Bethléem – parce qu’il était de la maison et de alignée de David, pour se faire recenser ». Joseph se fait recenser ». Marie, en bonne et aimante épouse, malgré la proximité de la naissance, n’aurait pas voulu le laisser faire ce voyage tout seul.

 Non ! Luc écrit, je répète ce texte capital :Joseph aussi monta de Galilée, avec de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David -afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.

 Il monte en Judée NON PAS EN COMPAGNIE de Marie pour se faire recenser, mais il monte en Judée pour se faire recenser AVEC MARIE, qui devait donc se soumettre elle aussi à ce recensement. Cela veut dire clairement que Marie était elle aussi « de la maison et de la lignée de David ». C’est incontestable, et ne pas lire le texte comme l’a écrit Luc, c’est lui faire violence et trahir ce qu’il écrit. Cela veut dire que le Père de Marie, Joachim selon la tradition, est un descendant de David en ligne masculine. Et en effet, étaient soumis aux recensements tous les héritiers mâles de chaque famille ; mais, en cas d’absence d’héritiers mâles, c’étaient les filles héritières qui devaient le faire. Marie n’avais pas de frère, probablement une sœur bien plus âgée, connue sous le nom de son deuxième époux, Cléophas, frère de saint Joseph, et mère de 4 enfants cités dans les Evangiles. Marie était donc tenue à se faire recenser. Et c’est pourquoi elle doit se rendre à Bethléem, malgré son état avancé.

 Une petit excursus en passant, mais qui rentre dans la même mentalité : si une famille n’avait que des filles, ou une seule fille, elle (s) devai(ent)t  épouser un proche parent, pour que l’héritage ne passât point dans un autre clan, dans une autre tribu. Et c’est pourquoi Joseph a épousé Marie, une parente. Marie était en quelque sorte obligée de prendre un époux, malgré son vœu de consécration totale au Seigneur, qu’elle n’a certainement pas caché à celui qu’on lui donnait comme fiancé et futur époux. En se fiançant, Joseph montre qu’il accepte de respecter en tout le vœu de celle qui sera son épouse et qui s’est consacrée corps et âme à Dieu En cela, il  nous faut admirer et imiter Saint Joseph dans sa sainteté et dans sa chasteté !« Marie conserve toutes ces choses avec soin, les méditant en son cœur »

Dans le récit de la naissance de Jésus, à Bethléem, où elle était allée se faire recenser, Luc mentionne la visite des bergers, avertis par des Anges, tout comme Matthieu raconte la venue des Mages guidés par une étoile miraculeuse :

Luc chapitre 2° :Elle enfanta son fils premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'ils manquaient de place dans la salle.Il y avait dans la même région des bergers qui vivaient aux champs et gardaient leurs troupeaux durant les veilles de la nuit. L'Ange du Seigneur se tint près d'eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté ; et ils furent saisis d'une grande crainte.

Mais l'ange leur dit : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple :aujourd'hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David.

Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. »Et soudain se joignit à l'ange une troupe nombreuse de l'armée céleste, qui louait Dieu, en disant :

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance ! »

 Luc donne le récit de la visite des bergers qui deviennent des témoins de cet événement, et qui racontent à Marie et à Joseph comment ils ont été avertis de cette naissance d’un Sauveur, et les manifestations célestes de toute l’armée céleste. Luc note avec soin l’attitude de Marie, et là aussi, dans un but précis qui montre que Marie, dès le début, avait compris et comprendrait toujours plus quelle serait la Mission de son Fils, à laquelle elle serait liée.

Luc chapitre 2° :Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur.

Après les retrouvailles de Jésus dans le Temple de Jérusalem, au bout de trois jours, Luc écrit de nouveau :

Luc chapitre 2° :Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth ; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur. Je cite le passage tout entier, car il est riche de signification !

Luc chapitre 2° :Ses parents se rendaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque.Et lorsqu'il eut douze ans, ils y montèrent, comme c'était la coutume pour la fête. Une fois les jours écoulés, alors qu'ils s'en retournaient, l'enfant Jésus resta à Jérusalem à l'insu de ses parents.Le croyant dans la caravane, ils firent une journée de chemin, puis ils se mirent à le rechercher parmi leurs parents et connaissances. Ne l'ayant pas trouvé, ils revinrent, toujours à sa recherche, à Jérusalem.

Et il advint, au bout de trois jours, qu'ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ;et tous ceux qui l'entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses.A sa vue, ils furent saisis d'émotion, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés. »Et il leur dit : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? »Mais eux ne comprirent pas la parole qu'il venait de leur dire.Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth ; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur.Quant à Jésus, il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes.

 Quelques années plus tard, quand Jésus aura quitté Nazareth pour commencer son ministère public, suivi par les saintes femmes et par sa Sainte Mère sans aucun doute, Marie ne pourra pas ne pas se souvenir de cette « fugue », de sa signification profonde : « Je dois être dans la Maison de mon Père » : la maison de mon Père, c’est le TEMPLE. Et elle entendra son Fils déclarer aux juifs scandalisés parce que Jésus a chassé les vendeurs du Temple : « Détruisez ce Temple et en trois jours je le rebâtirai… Mais lui, parlait du Sanctuaire de son Corps » (cf. Jean 2, 19a.21).

 Détruisez ce Temple, en trois jours je le rebâtirai… Comment Marie n’aurait-elle pas compris ce qui allait se passer et pressentir, dans l’annonce de la destruction du Temple, la mise à mort de son Divin Fils, l’ensevelissement, et trois jours après la Résurrection ? Jean a dû lui raconter sa première rencontre avec Jésus, comment il avait quitté Jean le Baptiste pour suivre Jésus, après que Jean l’ait présenté en ces termes : « Voici l’Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde » (Jean 1, 29), « Voici l’Agneau de Dieu » (ibid. verset 36 b). Comment Marie, qui avait été formée dans le Temple de Jérusalem jusqu’à l’âge de douze ans, qui avait appris à connaître parfaitement les Saintes Ecritures, n’aurait-elle pas pu penser aux passages du Serviteur Souffrant, en Isaïe, un récit anticipé et émouvant par sa précision de la Passion de Jésus ? Et de même quand, à trois reprises Jésus annonce sa Passion et sa Résurrection. Toutes ces paroles résonnaient dans son cœur de Mère, et l’unissaient à son Divin Fils, à sa Mission. Nous reviendrons brièvement ci-dessous sur ces textes qu’il importe de bien connaître.

Mais bien avant le ministère public de Jésus, Marie avait compris quel serait son destin, pour son divin Fils et pour Elle-même : une vie de souffrance. Les paroles de l’Ange lui annonçaient des choses grandioses :

Luc chapitre 1° :Et l'ange lui dit : « Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus.

Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ;il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n'aura pas de fin. »Mais Marie dit à l'ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme ? »

L'ange lui répondit : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.

 Fils du Très-Haut, Fils de Dieu, il recevra le trône de David son père, et son règne n’aura pas de fin. Ce caractère divin de cette naissance ne pouvait échapper à Marie : la vertu du très-Haut qui la prend sous son ombre et lui permet d’être Mère en restant Vierge, le règne de cet enfant qui n’aura pas de fin. Le nom lui-même : « Jésus » : Dieu sauve. Marie comprend que c’est le Messie annoncé par les prophètes, le Fils de David attendu depuis des siècles, le Sauveur. Sans peut-être comprendre encore toute la portée de cet événement, elle adhère sans hésiter au plan de Dieu par son « fiat » qui l’unit de manière intime au destin de Celui qu’elle vient de concevoir par son « oui » : « Et le Verbe s’est fait chair ».

 La signification des événements qui marquent la naissance de Jésus, ne peuvent échapper à Marie sa Mère. Joseph et Marie se rendent dans la ville de David, où ils ont certainement de la famille. Mais personne ne les accueille, il n’y a pas de place pour eux. « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu » écrit Saint Jean (1, 11). Il parlait certes du peuple juif en général. Mais je ne serais pas surpris que, lors de ses longs entretiens avec la Sainte Vierge, ce soit Marie elle-même qui ait prononcé, la première, ces paroles… Car c’est la réalité.

 Joseph et Marie ne trouvent d’autre abri, dans la ville du roi-berger, qu’une grotte qui abritait des brebis, avec leurs petits, des agneaux. Et les premiers visiteurs avertis et envoyés par le Ciel sont précisément des bergers. David, au moment de son choix comme Roi d’Israël par Samuel, était gardien de troupeau. Et quand Jésus déclarera : « Je suis le Bon Pasteur » reprenant mot à mot les paroles du prophète (Ezéchiel 23 ; Ezéchiel 34, 7-17) annonçant que c’est Dieu lui-même qui allait désormais prendre soin de son troupeau, veiller su ses brebis, et ramener la brebis perdue, tout le cœur de Marie frémira d’angoisse et d’offrande : « Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis ».

 Elle le sait, elle l’a compris depuis longtemps, dès la Circoncision de Jésus :Luc chapitre 2° :Et lorsque furent accomplis les huit jours pour sa circoncision, il fut appelé du nom de Jésus, nom indiqué par l'ange avant sa conception.

Jésus : Dieu sauve. Nom donné par l’Ange à Marie lors de l’Annonciation (Luc 2, 31b), et à Joseph en songe (Mathieu 1, 21). Mais l’Ange avait dit à Joseph : « …elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus : car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ». Et Marie sait très bien que l’offrande d’un sacrifice sanglant, d’un agneau sans tache par exemple, était nécessaire pour obtenir le pardon des péchés. A-t-elle entrevu dans ces quelques gouttes du sang de Jésus, lors de circoncision faite au nom de l’Ancienne Alliance, le Sang de Jésus, le Sang de la future Nouvelle Alliance versé en abondance ? Et puis, quarante jours après la naissance de l’Enfant-Dieu, Joseph et Marie portent l’enfant Jésus au Temple : lors de la Présentation au Temple, les paroles du vieillard Siméon lui présente l’avenir de cet enfant «  lumière pour éclairer les nations » (Luc 2, 32), et son propre avenir :

Luc chapitre 2° :Son père et sa mère étaient dans l'étonnement de ce qui se disait de lui. Syméon les bénit et dit à Marie, sa mère : « Vois ! cet enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction et toi-même, une épée te transpercera l'âme ! - afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœur »

« Une épée te transpercera l’âme ! ». C’est l’annonce d’une mort, non pas physique, car Siméon aurait dit « le cœur » ; mais une mort « mystique », une douleur terrible capable de faire mourir quelqu’un, ce dont Marie, disent certains Pères, a été préservée par l’intervention de Dieu : quelle douleur peut être plus grande, pour une Mère, que de voir son Fils mourir dans d’atroces souffrances ? Marie se trouve ainsi associée, dès le début, à la Passion de son Fils. Une lance transpercera le côté de Jésus, un glaive transpercera son âme ! A-t-elle pensé à la parole de Dieu adressée au serpent dans le Paradis Terrestre : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre son lignage et le sien » (Genèse 3, 15a). La Femme, c’est Elle « Toutes les générations me diront bienheureuse » déclare-t-elle avec humilité dans le Magnificat.

 Comment douter ensuite que Marie, en méditant toutes ces choses et en les conservant dans son cœur, n’ait pas noté la signification de la « myrrhe » offerte en cadeau, par les Mages quelques mois plus tard. La mort de son Enfant ? Ce sera là son sort, sa Mission, et le premier signe en est la décision d’Hérode de tuer tous les enfants de Jérusalem pour se débarrasser de ce « roi des Juifs qui vient de naître ». C’est l’intervention de l’Ange, dans la nuit, le départ en hâte vers l’inconnu, comme Abraham ;  la fuite en Egypte, l’Exil : « il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu » (cf. Jean 1, 11).

 Mais Marie s’abandonne à la volonté de Dieu, en répétant chaque jour les paroles qu’elle a dites à l’Ange venu lui annoncer la naissance du Messie :

Luc chapitre 1° :Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole ! » Et l'ange la quitta. Et elle « conservait toutes ces choses avec soin, les méditant en son cœur ».

 

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