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Saint jean
« Et le Verbe s’est fait chair »
Jean l’évangéliste est différent des trois autres. Son Evangile est écrit alors qu’il était déjà à un âge avancé, vers la fin du I° siècle, et alors que l’Eglise dite « primitive » était en plein essor malgré les persécutions. Pierre et Paul étaient morts martyrs, les autres Apôtres s’étaient dispersés dans le monde pour annoncer la Bonne Nouvelle aux Nations et avaient eux aussi donné le témoignage de leur sang pour le Seigneur. Mais l’Evangile de Jean garde la fraîcheur d’un témoignage datant d’hier, avec des détails d’une grande précision. De plus, chose précieuse, il nous fait part de ses réflexions, lui qui a été gratifié des visions qu’il a rapportées dans l’Apocalypse, et de la présence de la Sainte Vierge chez lui. Il voit avec des « yeux d’aigle », ce que les autres n’ont pas pu voir : dans un miracle, le signe d’une réalité bien plus grande qui reste cachée et incompréhensible pour le moment ; dans une parole de Jésus, la signification que Jésus lui-même y mettait, à propos du Temple notamment.
Il raconte sept « miracles » ou signes comme il les appelle. Son Evangile commence par les sept premiers jours du ministère public de Jésus, et se termine par les sept derniers jours du ministère de Jésus. Il nous fait part du premier « signe », à Cana de Galilée, dont les autres évangélistes ne parlent pas, et aussi du Lavement des pieds. Mais il ne raconte pas l’Institution de l’Eucharistie. A quoi bon, la communauté chrétienne participait régulièrement à la « fraction du pain ». En revanche, il nous rapporte le Discours sur le Pain de Vie, qui est l’explication claire et concrète de ce que Jésus fera et dira lors de la Dernière Cène. Et aussi la pêche miraculeuse, après la Résurrection, avec sept disciples.
Jean ne mentionne pas le nom de Marie, mais il la présente deux fois, en utilisant ce titre « La Mère de Jésus » (Cana, Jean 2,1) : au début du ministère public de Jésus, lors des Noces de Cana, alors que « l’Heure n’est pas encore venue » ; et à la fin de la vie de Jésus : « Près de la Croix de Jésus se trouvaient sa Mère, la sœur de sa Mère… ». (Jean 19, 25) : l’Heure était en effet venue pour son Fils de passer de ce monde à son Père.
Jean mentionne une troisième fois la présence de « sa Mère » qui ne le quitte pas, aussitôt après les Noces de Cana : « il descendit à Capharnaüm, lui, ainsi que sa mère et ses frères et ses disciples, et ils n'y demeurèrent que peu de jours » (Jean 2, 12). Ce qui, montre bien que Marie sa Mère l’a accompagné dès le début, et l’a suivi jusqu’au bout.
Mais ces deux récits méritent que nous nous y arrêtions quelque peu, même si j’en ai déjà parlé précédemment (cf. Hermas mai 2009 Marie Mère de la Mission). On ne cessera jamais de creuser ces textes sans y trouver la nourriture pour nos âmes. En effet indique la Bible de Jérusalem (1956, page 1399, note g): « Marie est présente au premier miracle qui révèle la gloire de Jésus, et de nouveau à la Croix. Par une intention manifeste, plusieurs traits se répondent dans les deux scènes ».
Les Noces de Cana
Que le lecteur me pardonne de parler encore de Monsieur Trinquet ! Mais il était et il est toujours un bibliste de renom remarquable. A propos des Noces de Cana, il déclarait avec flamme, en 1965 : « Quand les prédicateurs cesseront-ils de dire que Jésus a changé l’eau en vin pour tirer d’embarras deux pauvres jeunes mariés, car le vin venait à manquer ? Ce sont des ignorants qui n’ont rien compris à ce qui n’est pas simplement un miracle, mais un signe, et qui indique une réalité qui n’est pas visible mais qui dépasse de beaucoup le miracle et sera compris e plus tard ! Le Verbe de Dieu s’est fait chair pour bien autre chose ! ». Je suis de son avis, permettez-moi de le dire tout simplement.
Au temps fixé par le Père, Jésus quitte Nazareth : le temps est venu pour lui de se manifester au monde, de commencer son ministère. De Nazareth en Galilée au nord, il se dirige vers le sud, au bord du Jourdain dans le désert de Judée, là où les foules accourent pour entendre l’invitation de Jean à la pénitence (le Baptiste) et se faire baptiser par lui. Jean Baptiste prêchait à environ sept à huit kilomètres à l'est de Jéricho (30 km environ au nord-ouest de Jérusalem) ; les habitants de Jérusalem allaient à sa rencontre en empruntant le seul chemin praticable à l'époque, celui qui conduisait justement à cette ville. Jéricho était presque essentiellement habitée par les lévites et les sacrificateurs qui officiaient dans le Temple ; ils ne pouvaient donc pas ignorer ce qui se faisait à proximité de chez eux. Ce chemin historique passait en particulier par Béthanie, petite commune bien connue où des amis de Jésus, Lazare et ses deux sœurs, habitaient. Sur tout son long, ce chemin d'une trentaine de kilomètres est chargé de symboles et de faits réels : c'est là que Lazare revient à la vie, c'est là que Marie, la sœur de Lazare oint les pieds de Jésus annonçant sa mort ; c'est un peu plus loin, que Jésus situe la parabole du bon samaritain, et c'est surtout là, en fin de parcours, que Jésus se fait baptiser et qu'Il rencontre ses premiers disciples, Jean et André frère de Simon-Pierre auquel il dira « Nous avons trouvé le Messie », Philippe de Bethsaïde, la ville d’André et de Pierre (cf. Jean 2, 35-49) qui conduit Nathanaël à Jésus.
C’est la première semaine du ministère public de Jésus. Jean nous donne une chronologie précise : le témoignage de Jean-Baptiste, puis « le lendemain », répété trois fois, jours durant lesquels Jésus rencontre successivement les disciples nommés ci-dessus : 4 jours. Après quoi Jésus remonte en Galilée, nous dit Matthieu, quitte Nazareth et vient s’établir pour un temps à Capharnaüm. « Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée » nous dit Saint Jean, terminant ainsi la première semaine de vie publique de Jésus, et il ajoute : « La Mère de Jésus y était. Jésus aussi fut invité, ainsi que ses disciples ». (Jean 2 1-2), certainement ceux-là mêmes que Jésus a connus au bord du Jourdain, et qui l’ont suivi.
Je crois qu’il est utile de citer ce texte en entier pour qu’aucun détail ne puisse nous échapper, car ce miracle est particulier, c’est un SIGNE comme l’appelle Saint Jean, et il nous faut tâcher de découvrir sa signification, précisément
Jean chapitre 2° :Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était. Jésus aussi fut invité à ces noces, ainsi que ses disciples. Or il n'y avait plus de vin, car le vin des noces était épuisé. La mère de Jésus lui dit : « Ils n'ont plus de vin. » Jésus lui dit : « (Que me veux-tu, femme : je préfère me référer au texte latin ci après) Quid mihi et tibi mulier? Mon heure n'est pas encore arrivée. » Sa mère dit aux servants : « Tout ce qu'il vous dira, faites-le. » Or il y avait six jarres de pierre, destinées aux purifications des Juifs, et contenant chacune deux ou trois mesures Jésus leur dit : « Remplissez d'eau ces jarres. » Ils les remplirent jusqu'au bord. Il leur dit : « Puisez maintenant et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. Le maître du repas goûta l'eau changée en vin : comme il en ignorait la provenance, tandis que les servants le savaient, eux qui avaient puisé l'eau - le maître du repas appelle le marié et lui dit : « Tout homme sert d'abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant ! » Tel fut le premier des signes de Jésus, il l'accomplit à Cana de Galilée et il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui.
Les commentaires, les interprétations, les traductions abondent et donnent lieu à des élévations spirituelles d’une grande beauté… mais qui montrent qu’ils n’ont pas compris du tout le sens profond du « signe », du premier « signe » accompli par Jésus à Cana !, nous disait encore Monsieur Trinquet.
Voyons de plus près ces passages difficiles et leur compréhension, non leur interprétation personnelle. Les points « controversés » sont les suivants :
« Ils n’ont plus de vin » « Quid mihi et tibi mulier ? » « Femme » (mulier) « Mon Heure n’est pas encore arrivée » « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ».. « Ils n’ont plus de vin »
Marie s’est aperçue que le vin venait à manquer et elle s’adresse à Jésus. Et les prédicateurs de s’émerveiller devant la délicatesse de la Sainte Vierge, à qui rien n’échappe, et qui vient demander à Jésus de faire un miracle. Comment Marie peut-elle demander à son Fils de faire un miracle pour des gens déjà ivres ? Et quel miracle ? De plus quel sens aurait ce miracle, « gratuit », qui ressemblerait fort à la tentation de Satan : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas » (Matthieu 4, 5). En a-t-il fait à Nazareth pendant sa jeunesse ? Aucune tradition n’en parle ! Sait-elle que Jésus peut faire des miracles, et qu’il va faire des miracles, non pour « épater la galerie », mais pour révéler qui il est, et accomplir sa Mission, à l’Heure venue ? Certes elle sait que « rien n’est impossible à Dieu » comme l’Ange Gabriel le lui a dit. Mais il serait inconvenant de sa part d’utiliser la puissance divine pour tirer d’embarras deux pauvres mariés en difficulté.
La réalité est tout autre, comme le soulignait Monsieur Trinquet. Pour les mariages de notre époque, les invités offrent aux jeunes époux des cadeaux de toutes sortes, pour les aider à se meubler, à faire leur voyage de noces, pour qu’ils aient tout le confort tout de suite. Nous sommes il y a vingt siècles, dans un petit bourg de Galilée. Les noces, à cette époque duraient plusieurs jours, voire même une semaine, et c’est tout le village qui partageait la joie des nouveaux époux. Chaque famille, comme cadeau, apportait ce qui était nécessaire pour que rien ne manquât à la fête, au repas surtout. Marie et Jésus sont invités à ces noces. Et Jésus arrive avec quelques invités supplémentaires, ses premiers amis. Marie et Jésus ont participé eux aussi aux cadeaux pour ces noces. Marie se lève et dit à Jésus, qui est le chef de la famille, Joseph étant décédé : « Ils n’ont plus de vin » ?
Lequel d’entre nous, invité à des noces oserait se lever de table, aller trouver le maître du repas, ou le père du marié et de la mariée, pour lui indiquer qu’il manque quelque chose ? Ce serait un manque total de délicatesse, s’occuper de ce qui ne nous concerne pas. Marie aurait dû s’adresser discrètement, elle-même, au maître du repas pour le lui faire remarquer. Si Marie dit à Jésus : « ils n’ont plus de vin », cela manifeste, certes qu’elle est attentive au bien-être de tous, à la bonne réussite de la fête, mais surtout que cela concerne Jésus, qu’elle s’adresse à Celui qui, en cadeau, a offert le vin, et qui doit y remédier : Le vin des Noces de Cana a été offert en cadeau par Marie et Jésus, par Jésus et Marie. Et Marie lui demande de remédier, humainement, à ce manque, pour que la fête ne soit pas gâchée. « C’est aussi simple que cela » nous disait Monsieur Trinquet !
2). « Quid mihi et tibi mulier ? ».
La traduction la plus commune est littérale, et déclare : « Qu’y a-t-il de commun entre toi et moi, Femme ? », qui se présente sous une forme offensante, irrespectueuse de Jésus vis-à-vis de sa Mère, et est considérée comme un refus d’intervenir de la part de Jésus. Mais alors, pourquoi Marie dit-elle aux serviteurs « Faites tout ce qu’il vous dira » ?
« Femme, cela regarde-t-il vous et moi ? » (Missel Quotidien, Dom Gérard, 1951), autrement dit : ne nous mêlons pas de cette affaire ! Même genre de traduction dans la Bible Pastorale (Brépols, 1997) : « Femme, en quoi cela ne nous concerne-t-il ? ». « Femme, que me veux-tu ? » trouve-t-on dans les lectures officielles du Missel des Dimanches en français, 3° dimanche ordinaire, Année C). Je pourrais continuer longtemps ainsi dans l’énumération des traductions ! Ceci montre la grande confusion qui règne chez les traducteurs, et surtout, qu’ils sont dans l’incapacité de donner une traduction cohérente de la réponse de Jésus à sa Mère, en raison d’une grande ignorance de la Bible, et surtout parce qu’ils n’ont pas compris le sens du « signe » de Cana !
La phrase « quid mihi et tibi (mulier) (homo) » est une expression du langage commun chez les juifs. Tout dépend du ton sur lequel elle est prononcée. Elle peut aller du refus total, à l’insulte : « qu’est-ce que j’ai à voir avec toi fils de chien ! » (Réponse de David à Shiméi qui l’insultait et lui lançait des pierres, 2 Samuel 16,10, et 19, 23), mais aussi à l’accueil favorable d’une demande présentée par quelqu’un. On voit mal Jésus répondre mal à sa Mère, et lui dire : « que me veux-tu », sur un ton lassé, ou « en quoi cela nous concerne-t-il » ? Ce qui trancherait avec la délicatesse de Jésus qui a « pitié de ces foules car elles sont comme des brebis sans pasteur », qui fait remarquer qu’ils n’ont pas mangé depuis trois jours, et qui les nourrit avec cinq pains et deux poissons, multipliés à profusion.
L’attitude de Marie qui dit aux serviteurs « faites tout ce qu’il vous dira », montre clairement que Jésus accueille favorablement la remarque de sa Mère, et qu’il va y pourvoir. Sa réponse ne peut être que la suivante, positive, et présentée pour l’instant sous deux formes entre lesquelles le contexte nous aidera à choisir : « Que dois-je faire ? », ou « que puis-je faire ? ».
3). « Femme »
Cette manière de s’adresser à sa Mère peut choquer notre mentalité moderne, habituée à des formules toutes faites, selon les personnes auxquelles on s’adresse. Mais là aussi, c’est une manière commune de s’exprimer chez le peuple juif : « Mulier, Femme, ou bien Homo, Homme. On les retrouve à plusieurs reprises dans la bouche de Jésus, quand il s’adresse à une malade qui lui demande de le guérir « homo » « mon ami ». Il dit de même à Marie de Magdala : « Mulier, quid ploras » : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » (Jean 20, 13). Et lorsque Pierre est interrogé par une servante, dans la cour du grand-prêtre, il lui répond : « Mulier, non novi illum », « Femme, je le connais pas ». Et comme un serviteur insistait, Pierre déclare » : « O Homo, non sum », « « Mon ami, je n’en suis pas » (Luc 22, 56.58).
Rappelons simplement pour l’instant, car nous allons revenir sur cette appellation, les paroles de Jésus à sa Mère, du haut de la Croix : « Mulier, ecce filius tuus », « Femme, voilà ton fils » (Jean 19, 26b) : il existe un lien très étroit entre les deux récits, qui sont les seuls qui concernent Marie et que Jean a retenus. Jean, l’Aigle de Patmos, ne pouvait pas manquer de souligner la richesse exceptionnelle de ce terme pris dans le langage courant, mais que l’on trouve dés le début de la Genèse, et dans l’Apocalypse, dans un sens tout différent d’une simple interpellation.
4). « Mon Heure n’est pas encore arrivée »
« Que puis-je faire ? », que dois-je faire « ? », « mon Heure n’est pas encore arrivée » : la réponse de Jésus, la mention de l’Heure, ne démonte pas Marie, elle ne la surprend même pas. Joseph étant décédé, Jésus prend la succession pour assurer le maintien de la famille : il est charpentier : « N’est-ce pas là le charpentier, le fils de Marie » (Marc 6, 3) disent les gens lors de la visite de Jésus à Nazareth. De longues journées passées avec Marie, des entretiens riches et profonds. Il serait étonnant que Marie n’ait pas posé des questions à Jésus sur sa Mission, elle qui gardait toutes dans son cœur et les méditait ; il serait surprenant que Jésus n’ait pas mis sa Sainte Mère au courant de son destin : n’a-t-il pas averti par trois fois les Apôtres de ce qui l’attendait à Jérusalem ? Et puis, un jour, le moment étant arrivé, Jésus qui avait environ 32 ans, annonce à sa Mère qu’il doit commencer sa Mission. Elle y était préparée, elle s’y attendait. Je ne serais pas surpris qu’il ait dit à Marie : « maintenant l’Heure est arrivée ». Et Marie, de le suivre, sans jamais le quitter, car elle savait ce que cela voulait dire : le glaive de douleur qui devait transpercer son âme. Le Verbe de Dieu fait chair en son sein ne pouvait rester un simple charpentier à Nazareth : il devait maintenant accomplir la Mission qui lui avait été confiée et qu’il avait acceptée : « Tu n’as voulu ni holocaustes ni oblations, alors j’ai dit, ô Père : me voici, pour faire ta volonté ».
L’Heure : seul saint Jean en parle. L’heure de Jésus est l’heure de sa glorification, de son retour à la Droite du Père. L’Evangile de Saint Jean en marque l’approche. Mais elle est fixée par Dieu, et nul ne peut l’anticiper : « Ils voulurent alors l’arrêter ; mais personne ne porta la main sur lui, parce que son Heure n’était pas encore venue » (Jean 7, 30). Et de même : « Personne ne l’arrêta, parce que son Heure n’était pas encore venue » (Jean 8, 20). Jésus, l’annonce cette Heure de sa glorification par la mort. Aux Grecs qui demandent à Philippe de voir Jésus, Jésus répondit : « La voici venue l’Heure où le Fils de l’Homme doit être glorifié » (Jean 12, 23). Et il poursuit en ces termes qui ne laissent aucun doute sur la signification de cette parole : « En vérité en vérité je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12, 24). Mais Jésus, Dieu, mais homme, à l’évocation de cette Heure qui approche, est troublé, comme au Jardin des Oliviers, et il déclare : « Maintenant mon âme est troublée Et que dire ? Père, sauve-moi de cette Heure ? Mais c’est pour cela que je suis arrivé à cette Heure. Père, glorifie ton Fils (Jean 12, 27-28a). Car avec cette Heure, poursuit Jésus : « C’est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté bas ; et moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jean 12, 31-32). Et Jean, l’homme au regard pénétrant, d’ajouter l’explication de ces paroles : « Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir » (Jean 12, 33). L’HEURE, C’EST LA PASSION, LA CROIX, NOTRE REDEMPTION
Jésus connaît cette Heure, et, avant qu’elle ne vienne, il doit terminer sa mission auprès des siens, avec le Lavement des pieds, l’institution de la Sainte Eucharistie et du Sacerdoce, pour perpétuer au long des siècles le salut que cette Heure apporte au monde : « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son Heure était venue de passer de ce monde au Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (Jean 13, 1), c’est-à-dire jusqu’à l’extrême de l’amour. Après l’institution de l’Eucharistie, avant de partir pour le Jardin des Oliviers, Jean cite la grande prière d’oblation et d’intercession du Sauveur à l’heure de son sacrifice imminent, appelée habituellement « Prière Sacerdotale ». « Levant les yeux au Ciel, il dit : Père, l’Heure est venue, glorifie ton Fils, pour que ton Fils de glorifie, et que, par le pouvoir sur toute chair que tu lui as conféré, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, Toi, le seul et véritable Dieu et ton Envoyé, Jésus-Christ » (Jean 17 1a-3). L’HEURE, C’EST LA PASSION, LA CROIX, POUR DONNER AUX HOMMES LA VIE ETERNELLE.
Cette Heure, Jésus l’a désirée d’un grand désir : elle était le but de sa vie, le but de son Incarnation : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous », cette dernière Pâque qui marquait l’arrivée de l’Heure, de l’immolation de l’Agneau de Dieu, dont le Sang protège de la mort, tout comme le sang de l’Agneau mis sur les linteaux des portes des Hébreux, les avait sauvés en Egypte lors du passage de l’Ange exterminateur, pour la dixième plaie.
Cette Heure, il y pense sans cesse : il vit comme sur deux plans, le plan humain, et le plan de sa Mission : il demande à boire à la Samaritaine, et il lui parle de l’eau qu’il est venu apporter: « Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau. Mais qui boit de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif : l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jean 4, 13-14.). Quand l’Heure sera venue. Cette Heure est fixée par le Père et elle ne saurait être avancée, mais elle reste sans cesse présente dans la pensée de Jésus, et quand il voit la Croix, son âme exulte d’une joie intérieure intense, malgré les souffrances horribles qu’il vient de subir : « Me voici, ô Père pour faire votre volonté ! »
« Jésus descend les marches du prétoire ; ils lui ont ôté sa robe rouge et lui ont remis celle sans couture. La Croix est là, inclinée, contre la muraille : c’est l’autel sur lequel Jésus veut être immolé pour nous ; c’est le Trône de son Amour ; c’est l’instrument de ses miséricordes, c’est le trophée de sa victoire.
« De tout temps, la croix fut le plus cher objet du cœur de Notre Seigneur, le but de toute sa vie ; aussi fait-il à sa Croix un doux accueil : « Mon Père, dit-il, oh !, cette Croix que les juifs m’imposent, je la mérite bien puisque je me suis chargé volontairement de tous les crimes des hommes. Viens, ô Croix, que je t’embrasse ».
Puis, son épaule ploie paisiblement sous le fardeau, et son bras l’enlace avec amour ; du haut du Ciel, les Anges le contemplent avec admiration. Portant sa Croix, il sortit. Alors, commence pour lui le voyage funèbre. En tête, le centurion qui préside au supplice, puis le héraut porteur de l’écriteau diffamatoire, ensuite le condamné autour duquel la cohorte fait une haie ; et, derrière le cortège, la foule houleuse, bestiale, et dans les rues tortueuses vibre le son de la trompette ». (Méditations, 40 jours avec Jésus, par Maman, jeudi 18 mars 1915, cf. Hermas 18 mars 2010)
A Cana, lorsque Marie dit à Jésus : « ils n’ont plus de vin », partant de ce « détail » matériel, Jésus s’élève au plan supérieur de sa Mission. Dans le vin, il voit le bon vin de la Nouvelle Alliance en son Sang. Et, comme l’Heure n’est pas venue, il fait cette réponse à Marie « Que puis-je faire ? Mon Heure n’est pas encore venue ». Mais il écoute la parole de Marie sa Mère : il ne lui répond pas par un refus, il va faire quelque chose. Elle l’a bien compris puisqu’elle dit aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le »
5). Tout ce qu’il vous dira, faites-le » !
Marie s’attendait probablement, certainement, à ce que Jésus envoyât les serviteurs pour se procurer le vin nécessaire à la poursuite des noces. Mais Jésus leur demande tout simplement, à leur grande surprise, à celle de Marie probablement, de remplir d’eau « les six jarres de pierre destinées à la purification des juifs » (Jean 2, 6) et qui contenaient chacune deux ou trois mesures. Puis il leur dit « Puisez maintenant et portez-en au maître du repas ». (Jean 2, 8). « Le maître du repas goûta l’eau changée en vin » (Jean 2, 9a). Ce dernier est le premier témoin du miracle. Le deuxième sera le marié, sans oublier les serviteurs, car, si le maitre de maison ignorait la provenance, « les servants la connaissaient, eux qui avaient puisé l’eau » (Jean 2, 9b). Et le maître de maison de s’exclamer : « Tout le monde sert d’abord le bon vin et, quand les gens sont gais, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant » (Jean 2, 10). La chose fut connue et tous les convives furent les témoins de ce miracle de l’eau changée en vin, en un bon vin
« Quid mihi et tibi, mulier ? ». « Que puis-je faire, puisque mon Heure n’est pas encore venue ? » : rien pour l’instant qui contribue au salut vrai de l’homme. « Que dois-je faire ? » pour répondre à ce que me demande ma Mère ? Pourvoir à ce que le vin ne manquât point puisque nous en nous en sommes chargés. Ce sont les deux plans où se situe Jésus. Mais ce qu’il va faire dépasse largement ce que Marie lui a demandé de faire : le miracle dont ont été témoins tous les convives, lié par Jésus à « son Heure », prend une signification spéciale : il n’est plus un miracle, il est un signe, il est le SIGNE d’une réalité future en rapport avec sa Mission de Sauveur des hommes, en les libérant du péché, de la mort, de Satan.
« Mon Heure n’est pas encore venue », certes, et Jésus ne peut l’anticiper. Mais ce n’est plus la vie cachée à Nazareth, où il travaillait comme charpentier, où ses gestes étaient des gestes humains, où il menait une vie humaine comme tous les habitants de Nazareth. Désormais, il a commencé sa vie publique, il a reçu le « Baptême de Jean, à l’occasion duquel
La Voix du Père s’est faite entendre : « Celui-ci est mon Fils Bien-aimé en qui j’ai mis mes complaisances : écoutez-le », et où le Saint-Esprit s’est manifesté sous forme corporelle, comme d’une colombe (cf. Luc). Ce fut l’Envoi en Mission.
Oui, désormais, les gestes de Jésus ne seront plus simplement des gestes humains, ses « miracles » ne seront pas simplement des « miracles, mais des signes », qui révèlent son identité véritable et sa Mission : « Afin que vous sachiez que le Fils de l’Homme a sur terre le pouvoir de pardonner les péchés, je te l’ordonne, dit-il au paralytique, ‘lève-toi, prends ton grabat et marche’ ». Le « miracle » de la guérison du paralytique devient le signe du pouvoir qu’a Jésus de pardonner les péchés, ce qui n’appartient qu’à Dieu. Car, comme le disaient justement les scribes et les Pharisiens « Dieu seul peut pardonner les péchés ».
Le « miracle » de l’eau changée en vin à Cana devient un signe en lien avec l’Heure de Jésus, qui est l’Heure de passer de ce monde à son Père, par sa mort sur la Croix, afin qu’élevé de terre il attire tous les hommes à Lui, et que tous reconnaissent en lui « Celui qui est », « Je Suis », Dieu, le Fils de Dieu. Saint Jean n’a pas employé le terme « signe » par hasard. Et de même, il n’a pas choisi par hasard les deux épisodes qui parlent de la Mère de Jésus : les Noces de Cana, et La Mort de Jésus.
L’eau changée en vin, le « miracle » changé en signe, indiquent ainsi une réalité grandiose, qui échappe malheureusement à la plupart des lecteurs de ce passage. Jésus, ne pouvant donner le Bon Vin de la Nouvelle Alliance, car l’Heure n’est pas encore venue, en donne toutefois un signe, le bon vin de Cana qui annonce la Nouvelle Alliance en Son Sang qui sera versé pour nous et pour la multitude en rémission de nos péchés. C’est l’annonce de la Sainte Eucharistie, de la Dernière Cène où le vin devient le Sang du Christ, du Sacrifice de la Croix, où Jésus donne son sang jusqu’à la dernière goutte. Et Jésus commence ainsi son ministère public. Marie y a eu sa part. C’est sa prévenance, et sa démarche auprès de son Fils qui nous a valu ce signe, qui nous aide comprendre ce grand Mystère de la Foi qu’est l’Eucharistie, qui nous permet de participer au « banquet des élus », et d’être avec Elle, à chaque Messe, au pied de la Croix, et d’entendre ces paroles divines, « Femme, voici ton fils, fils, voici ta mère » (Jean 19, 26b-27)
Un petit excursus personnel, à propos de la goutte d’eau versée dans la calice à l’Offertoire. J’ai longtemps pensé que cette goutte d’eau rappelait le sang et l’eau qui s’écoulent du côté de Jésus percé par la lance. Je ne le pense plus. Je pense à l’eau des Noces de Cana. L’offertoire de la Messe n’est pas une présentation des dons, le pain et le vin. C’est une offrande, un sacrifice au sens propre du terme : L’Ordo Tridentin, à l’Offertoire, avait cette prière : « Veni Sanctificator Omnipotens Deus, et benedic hoc sacrificium tuo sancto Nomini preaparatum » : « Venez Esprit Sanctificatateur, Dieu éternel et Tout-puissant, et bénissez ce Sacrifice préparé pour votre Saint Nom ». Dans les deux rites, l’Offertoire se termine par l’invitation de « l’Orate Fratres », que le prêtre, tourné vers les fidèles, leur adresse : « ut meum ac vestrum sacrificium » (Orate fratres), « afin que mon sacrifice qui est aussi le vôtre » (Oublions la « traduction-trahison française » de cette prière !), comme les sacrifices offerts à Dieu au Temple de Jérusalem. Cette petite goutte d’eau, versée dans le calice ne se mêle pas simplement au vin, mais elle devient du vin. J’y vois l’eau de Cana qui devient le bon vin des Noces, et le vin de la Dernière Cène qui devient le Sang du Christ au moment de la Consécration.
Jésus et sa Très Sainte Mère au Calvaire
Dans ce épisode, comme le note la Bible de Jérusalem, citée ci-dessus, « Marie est présente au premier miracle qui révèle la gloire de Jésus, et de nouveau à la Croix. Par une intention manifeste, plusieurs traits se répondent dans les deux scènes » (Bible de Jérusalem, 1956. page 1399, note g) : l’Heure, la Femme notamment.
Jean chapitre 19° :Près de la Croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.Voyant sa mère et, près d'elle, le disciple qu'il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » A partir de cette heure, le disciple la prit chez lui. L’Heure est arrivée. Le Fils de l’Homme est élevé de terre, comme il l’avait annoncé. Il avait commencé son ministère public en manifestant sa gloire à Cana de Galilée, où Marie sa Mère était présente. ; Il termine son ministère public, sa Mission de Rédemption sur cette Croix. Dans quelques instants, il pourra dire « consummatum est », « tout est accompli » (Jean 19, 30), et remettre alors son esprit : La Mission que lui avait confiée le Père est accomplie.
Mais, auparavant, Jésus a encore quelque chose à faire. Après les mauvais traitements reçus depuis son arrestation, après une flagellation inhumaine, un Chemin de Croix qui le voit tomber à terre par trois fois, épuisé, et amène les soldats romains à contraindre Simon de Cyrène à porter la Croix, pour que la victime me meure pas avant son supplice, Jésus est là, crucifié, « élevé de terre », depuis près de trois heures déjà. Il ne lui reste que quelques souffles de vie. Au prix de souffrances indicibles, prenant appui sur ses pieds cloués, tirant sur ses bras cloués eux aussi, pour lui permettre de reprendre un peu de souffle, il prononce alors ses dernières paroles, son testament, les dernières Paroles humaines du Verbe fait chair. Et, s’adressant à sa Mère qui est au pied de la Croix, et à l’Apôtre bien-aimé, Jean, en des termes chargés de signification, il dit dans un souffle, parlant à sa Mère: « Femme, voici ton fils », puis à Jean : « Voici ta mère ».
Femme : nous avons vu ci-dessus que c’était un manière courante de s’adresser à quelqu’un dans le langage juif. Mais, en ces deux moments solennels, l’inauguration de son ministère public par le signe de Cana obtenu grâce à l’attention délicate de Marie qui en a été en quelque sorte l’instigatrice et à son intervention auprès, de son Fils, et au moment où Jésus remet au Père son esprit, après avoir dit : « consummatum est », « tout est accompli », Jésus nous fait passer un message, que Jean a recueilli, médité et compris, et qu’il nous transmet. Selon le langage public, « femme » se traduit, par « ma chère », « mon amie » (au masculin, « mon ami »). On ne voit pas Jésus, en ce moment solennel, déclarer à sa Mère « Mon amie, voici ton fils ». Et pourtant il ne lui dit pas non plus « Mère, Voici ton fils », mais « Femme, voici ton fils ». Mais lorsqu’il s’adresse à Jean, il utilise ce terme affectueux : « Voici ta Mère ». Jésus a tout donné, jusqu’à la dernière goutte de son Sang. Avant de rendre son esprit, il donne aussi sa propre Mère à Jean, aux Apôtres, aux disciples, à l’Eglise tout entière qu’il a fondée sur Pierre, au monde entier, à chacun de nous. Et alors seulement, il pourra dire : « tout est accompli ».
Marie, en ce moment solennel, est appelée « femme » et devient la « Mère » de Jean. Jésus, à Cana, et aux derniers moments de sa vie terrestre, a utilisé ce terme dans un sens bien précis, voulu par lui, pour nous indiquer ce qu’était Marie dans le plan de Dieu, «saluée déjà comme « pleine de grâce » par l’Archange Gabriel, choisie pour être la Mère du Fils de David, la Mère du Fils Dieu, grâce à l’intervention du Saint-Esprit qui la couvre de son ombre, et la place qu’elle avait dans l’accomplissement de sa propre Mission : Le terme « femme » est lié étroitement à l’Heure, dont nous avons vu ci-dessus la signification. Elle participe, à la place qui est la sienne et qui est voulue par Dieu, d’une certaine manière et d’une manière certaine, à la Rédemption opérée par son Divin Fils, à sa Mission rédemptrice et c’est pourquoi Jésus la confie à Jean et lui confie Jean pour qu’Elle puisse continuer à être Mère. N’est-ce pas ce que lui avait prédit le vieillard Siméon, lors de la présentation de Jésus au Temple : « et toi-même, un glaive de douleur transpercera l’âme » (Luc 2, 35). La lance qui transperce le côté de Jésus transperce aussi son âme : le Fils et la Mère sont liés, sont unis dans la même souffrance, dans la même mission, par le choix de Dieu. En acceptant de devenir la Mère du Fils de Dieu, Elle a tout accepté, sans conditions, sans restrictions : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole » (Luc 1, 38).
Pour bien comprendre la portée et la signification de la parole « Femme » employée par Jésus en ces deux moments cruciaux de son Ministère, et dans le Mystère de la Rédemption, il est indispensable de « remonter » dans le temps, aux origines, au moment de la création du monde, et de nos premiers parents, Adam et Eve. Je citerai les textes ou des extraits, car chaque mot compte :
Genèse chapitre 1° : Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu'ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre.Dieu vit tout ce qu'il avait fait : cela était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : sixième jour.
Adam et Eve, c’est le nom du premier homme et de la première femme, reçoivent de Dieu la mission de dominer la terre, c’est-à-dire de la mettre en valeur. Il leur donne aussi une grande mission : continuer ce qu’il a commencé avec eux deux : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre ». Collaborateurs de Dieu, ils vont poursuivre son œuvre d’amour et de vie. « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère e s’attache à sa femme, et deviennent une seule chair » (Genèse, 2, 24)
C’était le sixième jour, notre vendredi !
Dieu les met en garde aussi contre les dangers qui peuvent se trouver toutefois dans ce monde « où tout était très bon », car il a l’Adversaire, et Il leur donne les premiers Commandements de l’histoire, pour leur permettre de vivre sereinement dans ce monde qu’il a créé dans un ordre parfait. Car, il y a un ennemi, l’ennemi de toujours de Dieu : le serpent qui ne manquera pas de s’adresser à eux et d’essayer de les détacher de leur Créateur, de les détruire, et de détruire toute l’œuvre de la création. Et Dieu le dit clairement à Adam en lui montrant le danger de suivre cet animal maléfique, l’adversaire, Satan, et en lui indiquant précisément ce qu’il doit faire ; ce que fait tout bon père de famille :
Genèse chapitre 2° :Yahvé Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin d'Éden pour le cultiver et le garder.Et Yahvé Dieu fit à l'homme ce commandement : Tu peux manger de tous les arbres du jardin.
Mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car, le jour où tu en mangeras, tu mourras de mort certaine ».
Par l’obéissance à ce commandement, l’homme était soustrait, par l’amour créateur et paternel de Dieu, à certaines contraintes liées à sa nature de créature humaine : ne pas connaître la souffrance, ne pas connaître la mort, maintenir l’intimité avec Dieu, et, le temps sur cette terre terminé, passer directement, corps et âme dans la Maison du Père, pour une vie de béatitude éternelle. Mais…
Genèse chapitre 3° :Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits. Il dit à la femme : Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ?La femme répondit au serpent : Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. Mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, sous peine de mort.
Le maléfique serpent ne s’arrête pas en si bon chemin sur la voie du mensonge qui est son arme préférée, lui qui est le Prince du Mensonge :Le serpent répliqua à la femme : Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. La femme vit que l'arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu'il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea.
Pauvre Eve, pauvre Adam, pauvres de nous ! A peine eurent-ils mangé de ce fruit appétissant, une « grenade » certainement (et le péché a toujours un aspect « attrayant »), qu’elle explose dans leur être, en détruisant l’ordre parfait que Dieu avait mis eu eux, entre leur intelligence, leur volonté et leur nature humaine. Ils sont entrés dans un monde nouveau, celui du mensonge, de la désobéissance, de la violence, de la haine, de la souffrance, de la mort, non seulement physique, mais qui peut devenir une mort éternelle : ils ont quitté le monde de Dieu, et sont entrés dans le monde de Satan. Ils sont changés complètement. Et alors qu’ils vivaient dans l’innocence spirituelle complète, dans l’intimité avec Dieu, ils éprouvent maintenant la honte de se présenter devant Dieu qui venait se promener dans la brise du jour dans le jardin pour parler avec eux, et ils se cachent (cf. Genèse 3, 9-11).
Par sa désobéissance, à l’instigation de Satan, l’homme semble avoir mis en échec le plan de Dieu. Car l’homme, et il en est toujours ainsi, peut toujours dire « non » à Dieu, même au dernier moment.
Non, le plan de Dieu de Dieu n’est pas compromis ! C’est l’homme qui a compromis sa destinée, pour lui et sa descendance jusqu’à la fin des siècles : il connaîtra la mort, physique, la séparation de son âme et de son corps, signe de la séparation que le péché, la désobéissance établissent entre l’homme et Dieu, et s’il persévère dans cette voie, la mort éternelle : et Dieu dit encore :
Genèse chapitre 3° :A l'homme, il dit : Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais interdit de manger, maudit soit le sol à cause de toi ! A force de peines tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie.Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l'herbe des champs.A la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu'à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise.
« Memento homo quia pulvis es et in pulverem reverteris » : « Souviens-toi ô homme que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » : paroles prononcées par le prêtre le Mercredi des Cendres en déposant de la cendre sur la tête des fidèles, pour leur rappeler précisément.
Mais le Serpent, qui est en fait l’instigateur, le menteur, l’adversaire, le responsable, le tentateur, qu’en est-il ? Dieu s’adresse à lui de manière solennelle et lui dit ces paroles terribles, mais, ô combien réconfortantes pour nous pauvres humains :
Genèse chapitre 3° :Alors Yahvé Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie.Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t'écrasera la tête et tu l'atteindras au talon.
L’hostilité est déclarée entre la descendance, littéralement « l engeance » du serpent, et la descendance de la Femme : elle oppose l’homme à Satan et son engeance, et laisse entrevoir la victoire finale de l’Homme. C’est pourquoi ce passage, annonçant le salut et la victoire sur Satan, est appelé « le Protévangile » (le premier Evangile).Le texte grec distingue entre la Femme et sa descendance qui écrase la tête du serpent, et attribue la victoire à la descendance de la Femme. C’est la première annonce du Messie, fils de la Femme. Avec le Messie, sa Mère, la Femme, est impliquée ; et l’interprétation mariologique de la traduction latine est devenue traditionnelle dans l’Eglise que l’on peut aisément comprendre en choisissant un mot synonyme de « lignage » :
« Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne et la sienne. Elle t'écrasera (latin : ipsa conteret ») la tête et tu l'atteindras au talon ». « Elle t’écrasera la tête » : ce qui peut s’entendre de la Femme, ou, de sa descendance, ou de tous les deux. Marie, la FEMME, est ainsi annoncée dès le début, comme associée à la Mission de salut des hommes opérée par sa descendance, c’est-à-dire par son Fils.
La première femme s’appelait EVE « parce qu’elle fut la mère de tous les vivants » nous dit le Livre de la Genèse en conclusion de ce drame (3, 20), de tous les vivants qu’elle venait de condamner à une mort certaine par sa désobéissance, et pour s’être laissée séduire par le Maudit.
N’oublions pas : quand Dieu a créé Adam et Eve, c’était le sixième jour, notre vendredi !
Comment s’étonner que Jésus, aux Noces de Cana, commençant un ère nouvelle, par le salut en son Sang, par une nouvelle naissance, ne déclare ensuite lors de multiplication des pains, autre annonce de l’Eucharistie « En vérité en vérité je vous le dis, si vous ne mangez la Chair du Fils de l’Homme et se buvez son Sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma Chair et boit mon Sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour » (Jean, 6, 53-55) ). Oui, comment s’étonner que Jésus, aux Noces de Cana, alors que l’Heure n’est pas encore venue, s’adresse à Marie sa Mère sous le titre biblique de FEMME, alors qu’il s’apprête à donner le signe de ce qui sera son Sang versé pour la multitude, à la Dernière Cène de manière non sanglante, et sur la Croix, jusqu’à la dernière goutte ? Cana est le début de la « re-création » de la« résurrection » de l’humanité. Et Marie y tient la première place. C’est elle qui est intervenue la première pour que rien ne manquât à la joie des convives. Et les termes employés par Jésus, Femme, Heure, même si elle ne peut imaginer ce que va faire son Fils, ne s’étonne pas, et lui laisse entrevoir qu’il va intervenir de manière extraordinaire, avec la Toute-puissance de Dieu.
Comment s’étonner que Jésus, sur la Croix, ayant accompli la Mission que lui avait confiée le Père, s’adresse à sa Mère en reprenant ce titre FEMME : l’Heure est venue, il a donné en abondance le Bon Vin de l’Alliance en son Sang. Par son sacrifice il crée une humanité nouvelle, et devient l’auteur de la descendance des enfants de Dieu re-nés à une vie nouvelle et plus grandiose : « ô Félix culpa ») proclame le Diacre dans la nuit de Veillée pascale, « Ô Indispensable péché d’Adam ! Ô l’heureuse faute qui nous a valu un tel et si grand Rédempteur ».Thème qui est repris dans les prières de l’Offertoire du rite tridentin, au moment où le célébrant verse la goutte d’eau ( !) dans le vin du calice : « Deus qui humanae substantiae… Dieu qui d’une manière admirable avez créé la nature humaine dans sa dignité, et l’avez restaurée ‘une manière plus admirable encore… ». Une nouvelle création est faite, le premier Adam a cédé la place au second Adam, Jésus.
Remarquons bien cela : quand « tout est consommé, » quand Jésus a donné sa Mère à saint Jean, nous sommes le sixième jour, notre Vendredi : une humanité nouvelle est créée, avec un Nouvel Adam et une Nouvelle Eve.
Au pied de la Croix, Marie est la FEMME par excellence, celle dont parlait le Seigneur en annonçant à Adam et Eve le salut futur. Aussi s’adresse-t-il en ces termes à sa Mère, pour la donner à Jean comme Mère, et par Jean, à toute l’humanité :Voyant sa mère et, près d'elle, le disciple qu'il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » A partir de cette heure, le disciple la prit chez lui. Marie devient ainsi la Nouvelle Eve, « la Mère de tous les Vivants » auxquels elle donne la vie, par son Fils Bien-aimé, pour tous ceux qui l’accueillent avec Foi. Et ainsi, Marie nous enfante à une vie nouvelle, car, sur l’autel, se perpétue l’Incarnation du Verbe, son Divin Fils ; ce que l’Eglise proclame par cette hymne:
Ave Verum
Ave verum corpus
natum de Maria virgine ;
Vere passum,
immolatum in cruce pro homine .
Cujus latus perforatu
fluxit aqua et sanguine,
Esto nobis praegustatum mortis in examine.
O Jesu dulcis !
O Jesu pie !
O Jesu, fili Mariae.
Salut, ô vrai corps,
né de la Vierge Marie.
Qui avez véritablement souffert,
et avez été immolé sur la Croix pour les hommes.
Vous dont le côté entr'ouvert
a versé du sang et de l'eau.
Puissions-nous, à l'heure de la mort,
vous recevoir par la communion avant le jugement.
O doux Jésus ! O bon Jésus ! O Jésus, fils de Marie !
Saint Jean, dans l’Apocalypse a vu un signe grandiose dans le ciel, qui nous montre la Gloire et la Puissance de Celle qui a su dire un jour au Seigneur Dieu « Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole » (Luc 1, 38). C’est elle « cette nommée Marie », sa propre Mère et Mère de Dieu, que le Verbe de Dieu fait chair dans son sein, nous a donnée comme Mère, « la Maman céleste », la Reine du Ciel.
Jean a contemplé sa gloire dans le Ciel :Apocalypse chapitre 12° :Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.
